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Guillaume Bardou est un auteur de langue française. Il est né le 23 octobre 1968 à Vitry-sur-Seine. Il exerce un métier d'artisan. Il écrit librement, ses thèmes d'écriture sont philosophiques, métaphysiques, romanesques, poétiques...

LA BHAGAVAD GÎTA

LA BHAGAVAD GÎTA

La Bhagavad-Gita est un des écrits fondamentaux de l’hindouisme, souvent considéré comme un abrégé de toute la doctrine védique. Les indianistes s’accordent à penser que le texte a été écrit entre le Ve et le IIe siècle av. J.-C., voire au Ier siècle av. J.-C. D’autres situent son origine plus loin dans le temps. C’est un texte d’une modernité constante, en ce sens que tout un chacun peut y lire au moins une partie de ce qu’il a pu comprendre sur le fait d’exister. C’est donc une pensée universelle qui se transmet et se développe toute seule. On ne trouve pas de traces de plaintes ni de frustration, ou de condamnation dans la Gîta. Car tout ce qui existe y est utile à tout ce qui existe, parce que tout est expliqué pour l’heureux développement de tout ce qui existe, et tout est laissé libre. Je pense maintenant au contraste de désir et de répulsion qui se ressent dans la préface d’Émile Burnouf à sa traduction de la Gîta. Elle est d’une grande lucidité, d’une grande intelligence, d’une véritable utilité, notamment quand il engage le lecteur à comprendre le sens du sacrifice. Mais elle est alors entre eux deux une pensée trop facile. Entre eux deux le contraste du bien et du mal n’est pas spirituel, il est mental. On y reconnaît un homme qui prend conscience d’un bien et d’un mal, qui devient lui-même ce qu’il aime, mais ce n’est pas suffisant pour échapper au mal et vivre le spirituel. Ce qui est spirituel est surhumain, c’est un pouvoir bien établi qui transcende les contraires sans en être le moins du monde corrompu ni diminué. Il accepte ce qui vient d’informe spirituellement et de grossier corporellement comme un matériau ouvert aux métamorphoses, il en tire l’utilité maximum. Son champ d’application n’est pas dans ce que l’on comprend de l’action.
Ce que pense l’homme mental dans son désir pour quelque chose correspond à un dégoût symétrique qui fait sa conscience mentale. La cause en est que le mental traduit quelque chose d’incompréhensible en quelque chose de compréhensible. Si ce dégoût n’est pas immédiatement présent, il ne tarde pas à se manifester. Mais ce dégoût est une perte de confiance. Il n’est presque pas évitable. Pourtant il faut voir avec les actes que le manque de confiance en ce qui arrive de l’extérieur est aussi le manque de confiance en nos actes individuels, prétendument volontaires et conscients, de qui nous attendons pourtant de mieux exister. Le spirituel ne se laisse pas comprendre autrement qu’en étant vécu, et d’un vécu aux apparences contradictoires (« Yoga de l’action » décrit aussi valablement que « Yoga de l’inaction », etc.). La Bhagavad Gîta décrit différents états superposés de l’être, comme la preuve que l’être est en métamorphose.
Il n’y a pas de volonté ni d’actes absolument individuels. Il me semble que toute puissance d’agir et de convaincre est l’acte médiumnique d’un être en ubiquité avec un autre qui le contient, qui le transcende. Et si la spiritualité jaillit dans la conscience d’un être à un niveau spécifique entre les êtres de la nature et celui de la totalité, c’est pour qu’elle se diminue en acte avec des ubiquités d’êtres contenus, c’est pour que ceux-là puissent s’élever alors. Dire dans la Gîta que Krishna était une incarnation de Dieu, ce n’était peut-être rien d’autre que ça, qui est tout aussi puissant et peut être plus clair en termes mentaux. Ensuite ce sont des adjonctions d’autres médiums, peut-être moins puissants, qui constituent le corps religieux de l’hindouisme comme de toutes les autres religions. On voit à quel point une source pure peut se perdre, peut se déformer, si elle laisse entrer en elle une parole moins cohérente, des ubiquités moins hautes que la source. Il en va de même en science, dans les arts et en toutes choses provenant des actes. Et pourtant cette crainte est déjà la preuve que le pouvoir spirituel est perdu. La Gîta a bien vu les pensées comme des êtres hostiles et trompeurs dans l’être qui diminue, et des êtres amicaux et sincères dans l’être qui augmente. Tous les actes ont vocation à relier les êtres dans des vibrations ubiques, par des pouvoirs différents, et la force d’empêcher l’être de vibrer et de manifester ses pouvoirs n’existent pas. Elle n’a jamais existé, mais croire en cette force a existé et continu d’exister. C’est pourquoi par crainte de disparaître, et aussi avec un certain orgueil, toutes les religions usent plus ou moins de violence sur l’enfant, lequel ne manifeste alors pas tous ses pouvoirs, non pas parce qu’il en perd, mais parce qu’il en manifeste des plus bas à la place des plus hauts. Craindre l’imprévisible n’est pas non plus spirituel. Mais il arrive que la violence engendre des pouvoirs plus haut : l’imprévu est pour l’homme comme Dieu, il sera toujours le plus fort: la pureté de l’eau ne supprime pas l’eau, et l’eau peut exister sans pureté.

Quelques versets de la Bhagavad Gîta :

« L’Impersonnel qui pénètre tout n’admet ni le péché ni la vertu de quiconque ;
la Connaissance est enveloppée d’ignorance ; c’est pourquoi les créatures sont égarées. »

« Tu as droit à l’action, mais seulement à l’action et jamais à ses fruits ; que les fruits de tes actions ne soient point ton mobile ; et pourtant ne permets en toi aucun attachement à l’inaction. Etabli dans le Yoga, accomplis tes actions, ayant abandonné tout attachement, égal dans l’échec et dans le succès, car c’est égalité que signifie le Yoga. »

« La nature de l’action est fort complexe, difficile à comprendre; il faut donc bien distinguer l’action légitime, l’action condamnable et l’inaction. Celui qui voit l’inaction dans l’action et l’action dans l’inaction, celui-là se distingue par son intelligence, et bien qu’engagé dans toutes sortes d’actes, il se situe à un niveau purement spirituel. Celui qui, dans l’action, s’est affranchi de tout désir de jouissance matérielle, peut être considéré comme solidement établi dans le savoir. De lui, les sages affirment que le feu de la connaissance parfaite a réduit en cendres les conséquences de ses actes. Totalement détaché du fruit de ses actions, toujours satisfait et autonome, il n’agit pas matériellement, bien que continuellement actif. »

« Pour un sage qui monte la pente du yoga, l’action est la cause ;
pour le même sage, quand il est parvenu au sommet du yoga, la maitrise de soi est la cause »

« La renonciation et le Yoga des œuvres conduisent tous deux au salut de l’âme,
mais des deux, le Yoga des œuvres l’emporte sur la renonciation aux œuvres. »

« Que le Yôgî exerce toujours sa dévotion seul, à l’écart, sans compagnie, maître de sa pensée, dépouillé d’espérances. Que dans un lieu pur il se dresse un siège solide, ni trop haut, ni trop bas, garni d’herbe, de toile et de peau. Et que là,
l’esprit tendu vers l’Unité, maîtrisant en soi la pensée, les sens et l’action, assis sur ce siège, il s’Unisse mentalement en vue de sa purification. Tenant fermement en équilibre son corps, sa tête et son cou, immobile, le regard incliné en avant, ne le portant d’aucun autre côté. Le coeur en paix, exempt de crainte, et observant le voeu de brah-macharya [ de pureté sexuelle], que le Yôgî demeure assis et me prenne pour unique objet de sa méditation. »

« Par le moi tu dois délivrer le moi, tu ne dois pas déprimer ni abaisser le moi, car le moi est l’ami du moi et le moi est l’ennemi. Le moi est un ami pour l’homme en qui le moi [inférieur] a été conquis par le moi [supérieur] ; mais pour celui qui n’est pas en possession de son moi [supérieur], le moi [inférieur]
est comme un ennemi et il agit en ennemi. »

« Le seigneur ne crée ni les œuvres du monde, ni la condition d’auteur, ni le lien entre
les actions et leur fruit ; c’est la nature qui effectue ces choses. »

« Celui qui M’offre avec dévotion une feuille, une fleur, un fruit, une coupe d’eau – cette offrande d’amour, venue d’une âme qui s’efforce, M’est agréable. Quoi que tu fasses, de quoi que tu jouisses, quoi que tu sacrifies, quoi que tu donnes, quelque énergie de tapasya que tu déploies, de volonté ou d’effort d’âme, fais-en une offrande à Moi.
Ainsi tu seras libéré des résultats bons ou mauvais qui constituent les chaines de l’action ; ton âme en union avec le Divin par la renonciation, tu deviendras libre et parviendras à Moi. Je suis égal en toutes les existences, nul ne M’est cher, nul par Moi n’est haï ; cependant ceux qui se tournent vers Moi
avec amour et dévotion, ils sont en Moi et Je suis aussi en eux. »

« Ceux qui jouissent du nectar de l’immortalité restant du sacrifice, ceux-là atteignent au brahman éternel. Qui ne fait pas de sacrifice ne peut posséder le monde ici-bas, comment donc aucun autre monde ? C’est pourquoi toutes ces formes de sacrifice et beucoup d’autres encore ont été offertes en la bouche du Brahman.
Sache que toutes sont nées des œuvres, et, sachant cela, tu seras libre. »

« Pour ceux-là qui se consacrent à la quête du Brahman non-manifesté, la difficulté est plus grande ; les âmes incarnées n’y peuvent atteindre que par une mortification constante, une souffrance de tous les éléments réprimés, une peine austère et une angoisse de la nature. Mais ceux qui M’abandonnant toutes leurs actions et entièrement dévoués à Moi, M’adorent, méditant sur Moi en un Yoga sans défaillance, ceux qui fixent sur Moi leur conscience entière, ô Pârtha, rapidement Je les délivre de l’océan de l’existence enchainée à la mort. »

On trouvera dans la section du site « Dossiers + téléchargements » des liens pour télécharger le texte de la Gîta