Premières réflexions sur la guerre

Echange de post sur le site « Le Carnet d’Ysengrimus »:

Moi :

Bravo sur le principe spirituel que vous évoquez, capable de tolérance et de critique, mais vous auriez du mettre dans votre concept de « laïcité définie » un instrument de mesure de l’évolution des êtres vivants. Il faut reconnaître que l’esprit se débrouille aveuglement avec le nombre et la qualité des corps vivants sur cette planète, qu’il subit comme ennemi ou amis. L’esprit gère mal ces communautarismes, qui sont de lui, parce qu’il ne se voit pas sous tous ses aspects, quand il est sectaire. Alors il refuse de se lier aux races de ses corps, comme cela est si peu dit, et il lui manque quelque chose qu’il va chercher dans l’hégémonie religieuse. Quel serait cet instrument de mesure de l’évolution des êtres vivants ? D’abord sa reconnaissance, sa présence, sa pratique. La vitesse de transformation d’une société implique l’apparition et la disparition de communautarismes, c’est ce qui doit être mesuré. L’utilisation de cette mesure par cette « laïcité définie » devrait être ensuite d’apprécier et de préserver le gain de santé et de créativité pour les corps, mesurable par les créations spirituelles et artistiques, les performances sportives, et la façon dont les personnes répondent quand on leur demande si elles sont heureuses.

Piko :

Nous ne sommes pas que des corps. Nous sommes aussi des classes sociales en lutte. Notre vrai ennemi n’est pas dieu ou ses sectateurs. Notre vrai ennemi c’est celui qui nous vend ce dieu et les autres camelotes en paquet-cadeau et achète au rabais notre travail, pour se perpétuer dans le seul paradis, le paradis matériel..

On se comprend…

[Je seconde. – Ysengrimus]

Moi :

Piko, de tout coeur, vivez ce qui vous convient, restez vivant, perpétuez-vous, faites comme vous voudrez et comme vous pourrez. Sinon… on peut parler, pourquoi pas… déclarer un ennemi c’est aussi se mettre sous sa dépendance… déclarer un ennemi c’est ne pas être capable de négation, d’indifférence. Déclarer un ennemi c’est être empêché de comprendre ce qu’il est. Déclarer un ennemi c’est avoir un problème dans sa tête sans savoir comment le résoudre. L’ennemi est dans l’erreur d’appréciation de la réalité. Quant au seul paradis, le paradis matériel, celui de l’ennemi, est-ce aussi le vôtre ? Quel triomphe de l’ennemi… Il faut casser plus haut dans les visions fondamentales le carcan de l’erreur pour pouvoir comprendre, et je reproduis la citation ci-dessous:

Métaphysique et psychologie, Sri Aurobindo : « Je n’ai jamais fait mienne la conception du Divin comme une puissance omnipotente extérieure qui a « créé » le monde et le gouverne comme un monarque absolu et arbitraire (conception chrétienne ou sémitique); cela contredit trop ma vision et mon expérience au cours de trente années de sâdhanâ. C’est contre cette conception qu’est dirigée l’objection athée. »

Piko :

L’objection athée, comme vous dites, me parait bien plus large que ce qu’en fait Aurobindo, dans votre citation. C’est une objection qui est aussi une objectivité… alors que le divin, sous toutes ses formes, est un plan ou un autre de fictionnalité…

Moi :

Oui, le divin est de la fiction, parce qu’il n’est pas identifié avec la réalité du monde objectif dans notre culture, il est rejeté dans le ciel vers lequel on tourne des sentiments de dépendances, de soumissions et de passivités dans les plus souffrants profils mentaux, et d’espoirs, de confiances et d’abnégations dans les meilleurs. En fait, on pourrait traduire « Divin » par « le sens de nos efforts », ce ne serait pas lu mal. On peut aussi parler à sa place de supramentalité pour objectiver une destination à nos efforts. J’aime bien parler au « divin » sous forme de sens de mes efforts, et comme je ne peux pas faire n’importe quoi sans en subir de bonnes ou mauvaises conséquences pour mon corps, je me sens parfois content ou honteux devant le sens de mes efforts. À part ça, et ça peut paraître paradoxal, je me sens capable de dire que je suis athée.

[Comme je suis capable de dire que je m’intéresse aux religions. – Ysengrimus]

 Moi :

J’ai dit que « je me sens capable de dire que je suis athée. » Si je le disais devant Dieu, je suis certain qu’il n’en serait pas peiné. Et si j’avais dit le contraire devant un croyant, Dieu n’en aurait pas été réjoui non plus. Le Divin n’est pas humain, par définition. Au-delà de la façon dont on se range en « pour », « contre » ou « neutre » devant les mots, il n’y a de ressentie que l’étreinte du monde, son exigence. La pensée libre se sait dépendante du comportement. Par exemple, j’ai fait de mon mieux pour écrire ces lignes, agissant comme j’étais, je suis et je deviens dans l’espace et le temps. Vraiment, j’y ai passé du temps, avec envie, sans le sentiment d’être seul. Cet effort est du comportement, lequel est plus digne de considération que les pensées produites. Et aussi il s’agit là d’un comportement facile dans l’étreinte du monde. La parole est mon esclavage. Si je pouvais vous faire réellement confiance pour la compléter, ainsi que compléter mes actes, vous seriez trouvé dans ce que je cherche et je pourrai prendre conscience des limites physiques où bute mon mental et s’éteint ma joie.

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