Mental délié

Le secret

J’ai senti les contours de cette souffrance qui revient inlassablement pour engendrer autre chose que le mental. Je suis toujours en mental une menace pour moi comme pour les autres, et c’est aussi le secret que chacun cache et se raconte différemment. De chaque côté que je me place en mental je reste ployé par la ressemblance. En mental je ne suis pas assez différent pour sortir de ce cercle fatal entourant l’humain. Mais j’ai vu en méditation la variété possible des rapports à moi-même, comme autant de perceptions dégagées de la fatalité mentale.

La limitation

Une souffrance est un empêchement qui existe comme le mental qui se scinde quand le mental est seul face au réel. La limitation d’agir éprouvé par le corps dans le monde réel, dans la surprise de la perception hors de l’imagination, nie le mental qui se scinde alors de l’intérieur. Cette chose scindée est l’égo, qui est aussi le rapport à nous-mêmes et au reste. Toute maîtrise peut facilement disparaître du corps si elle n’est entretenue que dans le mental. La maîtrise (toujours partielle) de l’agir existe comme l’observation de notre ego par quelque chose d’informulé qui se suffit à lui-même. Alors le mental n’est plus seul, il n’est plus systématiquement en face de l’adversité.

L’adversité

Toute adversité en mental existe aussi dans l’individu comme un geste physique non accompli par son corps, un empêchement au milieu d’un mental scindé, un empêchement de savoir en même temps qu’un désir, comme une limite dessinée par l’équilibre psychique (la sagesse, la raison). La matérialisation d’un adversaire est la destruction mentale d’une image dans notre ego ou un désir impossible à satisfaire, mais cette matérialisation est toujours reliée quelque part à un acte secret inaccompli et inévitable. Nous souffrons des empêchements que nous créons mentalement, oscillant entre folie et raison dans la façon de les nommer en imagination : possibles avortés, rêves inaccomplis, choix difficiles à tenir, cerveau refroidi aux réflexes monomaniaques, imaginations dévorantes qui nous épuisent, nous et les autres. Ces constructions mentales n’ont qu’une faible réalité (vies et morts), ce sont des habillages d’une force inconsciente qui manifestent des conflits en se concentrant sur les limites de l’agir individuel.  Ces limites sont inévitablement rencontrées quelles que soient les capacités corporelles. La maîtrise des phénomènes qui se produisent est d’abord la maîtrise de nos empêchements, donc une observation sur l’égo.

L’observation

Les êtres humains fixent par leurs regards les suites intelligibles des évènements qui les concernent. Ils prennent cela pour la vérité du monde, ils l’écrivent, la construise, y croient, mais ce ne sont que des apparences de leurs égos frappés de finitudes qui trouvent des correspondances dans les  souffrances cachées de leurs limitations individuelles. Les réalités ne sont pas descriptibles définitivement en termes mentaux, leurs degrés d’existences se manifestent comme conséquences matérialisées à partir d’actes d’observation. L’observation est la conséquence d’une création originelle dans l’espace non mentalisé que le vivant augmente quand il peut voir en lui au-delà du mental. L’observation est l’existence, l’existence n’est pas ce qui est observé.

L’existence

Je suis égal à tous les faux rêves par mon imagination qui montre ce qui n’existe pas ou devrait exister, et tout, même dans le rêve, détermine mon mental à détruire ou désirer une image à l’extérieur de moi (l’adversité). J’existe ainsi si mon mental est seul, car alors je n’ai pas de maitrise et je suis divisé dans mes gestes à accomplir comme butant sur des obstacles que je me crée. Mais hors du mental il semble  qu’ « être » signifie la satisfaction d’exister sans limites. Il est possible d’être hors du mental et de décrire ensuite par lui par des moyens expressifs (gestes, langages, sensations…), ce qui influence décisivement le monde phénoménal. Hors du mental il n’existe aucun mal, et le mal en mental n’est qu’une faute contre soi comme contre l’existence, une faute transitoire mais nécessaire entre deux états. Hors du mental se manifeste la force d’observation non limitée d’une existence différente.

La force-conscience

En dessous de nos actes qui s’habillent de motivations mentales se manifeste physiquement notre limitation d’agir corporelle, et au-dessus de notre mental se manifeste le jeu d’une force-conscience.  Cette force-conscience est l’existence d’un observateur différent de ce qu’il observe, et identique à ce qu’il est comme maîtrise (non limité). En mental, la force-conscience voilée fait que nous préférons secrètement la souffrance à l’inexistence.  Cette souffrance de limitation est nécessaire pour que le mental ne soit plus seul et puisse s’augmenter, elle est nécessaire à l’envie de la méditation, pour que les réalités phénoménales puissent se manifester.

La méditation

Si « Je » m’extrais d’un mental (raisonnable ou pas) inévitablement souffrant de limitation individuelle projetant l’adversité à l’extérieure, je découvre un monde nouveau, un monde depuis lequel tout ce qui fait nos corps et nos représentations ne sont que comme braises refroidissantes. En méditation sans contraintes mentales, un catalogue d’existence à fixer comme sources est en permanence existant. Je médite pour l’augmentation à partir de moi, et je trouve ma paix dans mes créations silencieuses. Et si je m’illusionne devant rien, il me reste toujours l’élan de l’envie qui est bien sensible et renouvelée, comme énergie. Je trouve ma paix dans l’attente de l’inconnu quand je lève les yeux vers le haut, en m’étant préparé (maîtrise des besoins du corps, efforts et évidences). Par ma liberté sans contraintes trouvée dans la sécurité de la méditation, je franchis peut-être parfois notre cercle fatal d’humanité, devenant quelques manifestations de la force-conscience, sous forme d’augmentations dans les inflexions de ce qui observe en moi. La méditation n’engendre pas la superstition, car ce qui est observé en elle n’est pas limité. La méditation n’est pas circonscrite à une définition mentale.

La science

En passant devant la mort avec un cœur qui bat je trouve des corps allongés et refroidis, aux bouches restées ouvertes sur un dernier souffle, et je sais que je devrai mourir comme eux. L’éloignement des origines est pour l’observateur ce qui rend l’existence pénible. Le processus qui matérialise ce qu’il observe n’est pas une superstition (mental seul), il est une description mentale fécondée par la méditation, mais susceptible de se détruire par le refroidissement dans l’éloignement de cette source. Ce processus est la science théorique ainsi que ses applications technologiques. L’attrait du langage allégorique, même faux, le choc des évènements hasardeux, se nouent dans tout chercheur à la souffrance de la limitation en lui, à l’action de la force-conscience agissante, à son besoin de renouveau en jouissances de créer, à l’infini des combinaisons symboliques, à l’augmentation de l’univers.

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