L’antique sens des rituels

J’ai ennobli un mot malgré ma volonté. Je relève des mondes de leurs grandes patiences plates et ils montrent leurs justifications originelles. Je ne suis pas suiveur de symboles. Quand je prononcerai un mot que tu connais avec ma vision, tu n’entendras plus un souvenir dans ta mémoire, mais ma vision. Les symboles sont faits de mouvements matériels que le regard touche. Ce contact que le langage ne formule pas fait les définitions des mots. Voyant cela je ne suis pas suiveur de symboles. Cependant il m’arrive d’être anéanti, impuissant, vaincu par le monde, désespéré de dépendre de l’énergie que je lui mendie.

Cependant les cieux sont changeants. Les mondes symboliques qui se déclinent sont les mondes vécus. Je sais qu’ils sont plus ou moins faux par la mémoire. « Ne pas être suiveur des symboles » peut aussi être faux par la mémoire. Le Vrai est ce que le refus permet de distinguer. Le Faux est l’inerte, l’indistinct. La pensée est l’enclume du Faux, la conscience est le marteau du Vrai, nos destins pris entre ces mondes sont des effets. La vie est matière, le temps, fusion.

Voici l’intelligence d’un phénomène : J’avais à trouver un titre pour un livre que j’ai écrit. Je lui ai cherché le plus bel ornement mais ce ne fut pas celui que j’aurai dû penser. Les « Enfants de la Prière » auraient dû s’appeler les « Enfants de la Méditation ». J’aurai pu laisser le mot « Prière » dans la supplique boueuse et fanée des symboles morts pour mon esprit et me tourner vers ce qui brille au ciel des actes, ce que j’aime naturellement. J’aurai pu chercher ce qui aurait été plus en accord avec mon organisation symbolique. Mais j’ai senti que cette attirance cachait quelque chose.

Comment serai-je celui qui cache quelque chose, puisque je cherche ce qui brille sur toute chose ? J’ai senti briller le titre « Enfants de la Prière » sans avoir l’intelligence du phénomène. Une attirance ou une répulsion symbolique était ce qui était caché. Ces mouvements intérieurs pesaient plus lourd dans le sens des actes que les valeurs des mots, et je devais les voir car je n’ai pas agi selon ce que j’aurai dû humainement vouloir, mais selon ce qui brillait, ce qui sonnait bien dans les rapports de forces de notre monde symbolique. Être suiveur d’un dieu est avant de le manifester. Peut-être ainsi que je ne cherche qu’à donner raison à ma mémoire.

Je n’ai pas la connaissance complète de mon monde. La pratique de « choses offertes pour le divin » est l’antique sens des rituels pour cette connaissance individuelle. De cette pratique se sont dégagées méditation et prière, selon que l’esprit présentait l’offrande comme vaste ou pleine.

Je veux pouvoir me tromper au sein de la pensée. Alors je serai peut-être celui qui s’élève plus haut que les mots qu’il emploie, celui qui sait qu’ils sont interposés entre mes actes et la simplicité et la justesse d’une dynamique de communication instantanée, manifestés dans l’apparition du phénomène.

Je vois des mondes de phénomènes sous-tendus par les symboles se développer sur des routes parallèles, se croiser, s’unir ou s’opposer, sans que jamais aucun d’eux ne s’efface. Aucun monde mourant ne peut s’ensevelir avec ses poètes, la réalité les retrouve tous, mais je vois qu’il est habituel de ne rien voir et de me faire aveugler,  autant par l’obscurité que par la lumière. Voici le chemin des mondes plus vastes, ceux où la mémoire n’éclaire pas tout ce qui s’éclaire : c’est un chemin fait d’efforts tracé dans un paysage de jouissances et d’évidences.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.