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Le formalisme mathématique consiste à décrire une idée qui serait plus imprécise ou plus longue à traduire avec les mots usuels du langage. Ce qui se cache derrière cette apparence nous échappe pourtant, et de même nous accomplissons souvent les bonnes choses sans en avoir ni la conscience ni le plaisir. On peut donc exister utilement dans l’action de l’être impersonnel tout en étant ignorant dans l’action de l’être personnel.

Il y a une certaine liberté dans la mise en forme d’une idée, et plus généralement dans la production de tout acte. Dans des domaines d’activité aussi variés que les sciences, les arts, le sport, ce sont les expériences faites qui donnent la vérité d’un énoncé, d’un sentiment, d’un geste. Une vérité relative ressemble beaucoup à une vérité absolue, en elle il y a toujours un besoin de cohérence. Celui qui pense de façon personnelle ne fait que vouloir accorder son geste à sa volonté, et il s’attache à une satisfaction, à la logique, à tout ce qui semble pouvoir se terminer. En mathématique tout comme en science physique, ce sont les applications numériques des énoncés qui doivent correspondre à ce qui est observé, ce sont elles qui interroge l’honnêteté intellectuelle de devoir ou non modifier l’énoncé. Ici aussi, la conscience du processus n’est pas indispensable pour que le processus s’accomplisse.  Dans tous les aspects des mouvements de tous les êtres de différents niveaux de complexité, il y a toujours cette confrontation plus ou moins consciente avec la vérité relative, qui est l’accord de l’action de l’être avec le mystère. En relativité les contrastes n’ont rien d’absolu ; ce qui est froid pour vous peut me paraître tiède. L’existence prend alors toute sa richesse de jeu de possibilité dans la conscience impersonnelle de la vérité et de l’erreur relatives.

Partant de presque rien, l’homme mental dira qu’avec du temps et par l’effort de revenir sans cesse sur l’idée floue et petite de départ, celle-ci se clarifie et s’étend, et la connaissance et la conscience s’augmentent.  Mais cette vérité relative a atteint sa limite. Cette idée, et sa mise en forme en mot, est emblématique d’un filtre de l’existence omnipotent sur Terre qui est celui de l’homme mental, qui est maintenant au fond de l’impasse parce qu’il ne peut pas aller plus loin sans savoir pourquoi, et qu’il doit regarder autre part pour ne pas retourner en arrière.

Il y a une certaine liberté dans la mise en forme d’une idée seulement si l’on est capable de la suspendre. Le travail de la pensée mène maintenant plus souvent que par le passé à un choc contre un mur, à une sensation de vide existentiel. Un geste réussi, quelle que soit sa forme, est mentalement suivi de commentaires et d’analyse, mais toute cette pensée secondaire est incapable à elle seule d’engendrer à nouveau le geste. Elle l’annihile même, le laissant localisé dans un coin des apparences de l’être seul au monde.  Ce dernier est pourtant un héros, mais pas pour lui-même ; il lui faut un élément de mystère, l’engagement ou plutôt le réengagement du corps dans un élément de mystère. Certains ont déjà expliqué comment, en occident surtout, dans la Grèce antique, la séparation de la religion et de la philosophie ont rendu la première ignorante et grossière et la seconde sèche et impuissante. Nous avons hérité de cette ligne de développement civilisationnel la liberté technologique, mais nous payons encore son prix de souffrances.  Maintenant, il est possible de revenir à l’être, le grand qui contient tout et le nôtre qui lui ressemble, et de façonner l’homme postmental dans la conscience d’un pouvoir impersonnel contenant son pouvoir personnel. La présence de l’être est la cause de tout, elle en est la conséquence aussi.

L’ubiquité peut devenir le maître mot dans lequel l’existence individuelle puisse maintenant se projeter, avec comme mise en œuvre pratique la suspension de l’action secondaire et personnelle pour la réussite de l’action impersonnelle de l’être individuel en soi et en de nombreux soi. Les sensations d’attirances ubiques sont soi-même qui se découvre, et cette augmentation est faite par le don de soi à Soi (la majuscule est pour un des êtres qui nous contient), mais ce sont deux êtres qui ne sont pas au même endroit dans ce qui constitue les apparences de l’univers relatives. Les sensations de repoussement ubiques sont soi-même qui se cache, et cette diminution est faite par l’absence de don de soi à Soi, et il n’y a qu’un être à un seul endroit, dont la volonté personnelle est possédé par un impersonnel qui ne peut pas être découvert, et qui fait mal par cette impossibilité.

On voit que la volonté impersonnelle qui agit dans ce réseau d’incarnation et de choses peut devenir consciente. Les premiers sacrifices avaient le sens de don sacré, parce qu’ils étaient la recherche de la sensation d’ubiquité, dans le don de la pensée trouant le vide du ciel, et ils étaient efficaces pour créer le lien dans l’être mental. Nous en avons hérité différents aspects de nos corps au moins autant que les applications du mental à la connaissance de la génétique et de la culture. Maintenant le sens du sacrifice s’est perdu, on ne voit plus, on ne cherche plus, on est égaré dans l’impasse de la pensée secondaire qui ne commande que le faux sacrifice, celui qui fait un bien et un mal qui reste piégé dans les contrastes.

La localisation n’est qu’une des régions de l’être total. Pour Cela qui est pleinement ubique, la destinée individuelle d’un être sur le front duquel ne passent que les ombres d’une poignée d’autres êtres… cette destinée n’est signifiante que par le don de soi à Soi. Faut-il préciser que ce don n’est pas un modèle descriptible en termes mentaux ? Car là encore l’imagination le détruit, en refaisant passer l’existence en mode localisé. Quelqu’un qui offre un cadeau peut être capable de se sentir heureux à la place de celui qui le reçoit et en même temps à la sienne, c’est une approche le plus souvent inconsciente, dont la réussite en tout cas dépend de l’impersonnel et pas d’une imitation forcée. La connaissance de ce bonheur est suffisante pour la connaissance de ce qu’est la suspension, pour qu’elle ne se pervertisse pas en insignifiance et en impuissance. C’est au vide, et dans le vide,  que nous offrons quand nous offrons à ce que nous comprenons ensuite comme divin, univers, système de relations ubiques, ou autres choses encore de ce que nous voulons, pouvons, ou ce qui nous arrive. Et plus loin aux yeux que nous empruntons, aux poitrines et aux bras, aux distances qui disparaissent, à la force, à une pluie de temporalité, aux nombres. Ce don de soi à Soi qui ne peut pas être contraint garantit l’existence, la survie d’une espèce qui a déjà su s’aimer en traversant le filtre divin, et qui pour cet amour tendre et dur devrait réussir à ne pas perdre ce qui a été fait.

Le transfert en soi des ubiquités observées hors de soi est maintenant une science indispensable, et même si le contact avec la Terre est toujours évité car dangereux pour certains de ceux du ciel, je conclurai par un cliché un peu banal, mais c’est vrai, « nous sommes attendus »… par ceux qui maîtrisent leurs êtres et font leurs gestes avec les sources les plus pures de nos spontanéités, que nous leur donnons, et qui sont pourtant pour nous.